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Vue sur le vagin par la musulmane «moderne»


 

S’inspirant des Monologues du vagin d’Eve Ensler (1996), l’auteure et metteure en scène néerlandaise des Monologues voilés, Adelheid Roosen, a rencontré 74 musulmanes des Pays-Bas d’origines et d’âges différents, afin qu’elles lui confient leurs réflexions sur leur corps, leur sexe, leur intimité et sur les sujets les plus tabous de l’Islam. À la Cinquième Salle de la Place des Arts le 6 décembre dernier (et à tous les soirs jusqu’au 15), quatre femmes – Jamila Drissi, Morgiane El Boubsi, Hoonaz Ghojallu, Hassiba Halabi - interprètent à elles seules douze de ces 74 interviewées. Et qu’est-ce qu’on apprend? Qu’elles sont en réalité comme toutes les femmes du monde; elles ont les mêmes désirs, les mêmes pulsions, les mêmes questionnements, les mêmes doutes, la même volonté d’aimer et d’être aimées, par un homme, par la famille et par la société. La seule différence est qu’elles ne vivent pas ces sentiments de la même manière que la femme occidentale. Et bien que ces douze femmes aient en commun la religion, elles ont vécu la découverte de leur sexualité très différemment les unes des autres.

 

De ces quatre femme sur la scène, trois se chargent de dresser les douze portraits en racontant leurs anecdotes les plus intimes. On parle du sexe féminin et de comment chaque femme le perçoit, l’utilise et l’offre. Du mariage, qu’il soit arrangé, forcé, volontaire ou polygame. De comment l’homosexualité est vécue et perçue et de l’homophobie qu’on tente avec mal d’ignorer pour se donner le droit d’être vraie envers soi-même. De la virginité, ce qu’elle signifie réellement, sa science, son symbole, ses répercussions sociales, voir parfois vitales. Du viol, du sang, des larmes, de l’oubli, de la mémoire. Les sujets sont pesants, mais c’est dans l’humour, le chagrin et le partage que le tout nous est présenté.

On passe par le garçon manqué, à la femme qui partage malgré elle un mari, à celle qui a perdu toute sa jeunesse à avoir honte de son sexe. On passe aussi par celle qui part pour la première fois à l’exploration de son vagin, de sa «forêt vierge», à celle qui a appris lors de sa défloration que tout ce qu’on lui a dit sur le sexe et la virginité n’était que des mensonges engendrés par l’incompréhension de l’acte.

La quatrième femme est en quelque sorte le fil conducteur entre les récits, celle qui les coud ensemble avec son instrument à corde et sa percussion, et qui les soutient avec sa voix, permettant un intervalle musical entre chaque monologue. Mais elle a aussi son propre discours plutôt théâtral qu’elle rend avec tout le naturel du monde. Son rôle est de nous enseigner, de nous faire rire, de nous détendre mais aussi de nous surprendre.

Les mots choisis pour exprimer toutes ces idées et ces réalités sont bouleversants, attendrissants et plein de sens et de leçons culturelles. Il ne faut toutefois pas s’attendre au naturalisme d’un théâtre narratif dans lequel les personnages échangent des dialogues, parfois fervents et plein d’exaltation. On parle ici de monologues poétiques, littéraires, des anecdotes, des récits de moments marquants dans la vie de chaque musulmane présentée. C’est l’intensité de ces monologues qui nous captivent plutôt que le jeu. Et ô qu’elle nous captive.

Alors oui, ces monologues sont voilés, mais seulement jusqu’à ce qu’ils nous soient enfin dérobés, avoués, étant trop longtemps restés dissimulés derrière une façade imposée par le poids de la tradition. Mais si ce voile est transparent, laissant ainsi aux mots la liberté de franchir son fragile tissu et de s’exposer au monde entier, le voile n’est finalement pas si menaçant.

auteur | author :: diana

Malgré son diplôme universitaire et sa carrière en gestion d’événements, Diana Srougi est souvent confuse, toujours maladroite, parfois lunatique, assez nerveuse et déjà sénile. Elle boit trop de café et oublie régulièrement de respirer, mais elle gère. // Despite her undergraduate diploma and her career in events management, Diana Srougi is often confused, always awkward, somewhat of a lunatic, rather nervous and already senile. She drinks too much coffee and often forgets to breathe, but she manages.

  • http://www.auteursocial.com Youssef Shoufan

    je suis allé voir les «monologues voilés» le 8 décembre 2012, et j’ai bien aimé, mais je ne m’attendais pas à ce qu’on parle presque uniquement de vagins et de sexualité!

    j’aurais aimé avoir plus de politique et de social par exemple!

    dans tous les cas, c’était rafraîchissant de voir des femmes musulmanes sous cet angle, bravo à toute l’équipe :)

    • Diana Srougi

      C’est vrai, pas vraiment de politique, mais je crois quand même qu’ici sexualité et société vont main dans la main. Contente que tu aies aimé, c’était un angle très unique en effet!