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No! I! Don’t! Want! To! Fall! In! Love! With! You!


The-Phaedra-Project_Affiche

Le 14 décembre dernier, je me suis abritée du froid et de la neige au MAI (Montréal, arts interculturels) pour revivre, en l’espace de cinquante minutes, tous mes amours passés à travers les souvenirs d’une femme à la fois vieillissante et éternelle, d’une femme universelle. Pas tout à fait une activité typique pour un samedi soir d’hiver. Ni pour un samedi soir tout court. The Phaedra Project, de la directrice et metteure en scène Sophie Gee, était responsable pour ce tourbillon d’émotions et de réflexions que je ne m’attendais pas à vivre un samedi de décembre comme tous les autres.

Pour créer son œuvre fusionnant théâtre, performance et danse, Gee s’est inspirée librement du mythe grec d’une femme de roi qui tombe amoureuse du beau-fils de ce dernier. La metteure en scène a tiré de cette histoire la volonté qu’ont les personnages de se protéger, tout en désirant succomber à l’amour.

En arrivant dans la salle sombre du MAI, Jacqueline van de Geer, actrice, et Nicolas Patry, danseur, sont déjà présents sur la scène, totalement figés, sur une surface rectangulaire remplie d’une eau qui ondule à peine. C’est ici que Phaedra et Hippolyte, se reflétant parfaitement dans ce miroir liquide, passent l’éternité ensemble dans un monde aquatique souterrain. Phaedra raconte avec nostalgie, avec intensité, parfois avec terreur et parfois avec humour, ses histoires d’amours passés, en commençant avec un professeur d’histoire à Rotterdam et en terminant… avec le dernier.

 

Floor reflection

Crédit photo: Svetla Atanasova / Sourice: Album de la pièce sur Facebook

 

Cette performance de monologues lyriques, de danse contemporaine et de rencontres passionnées des corps, en dit très long en peu de temps. Pendant cinquante minutes nous témoignons des émotions et expériences les plus importantes qu’une personne puisse connaître pendant une vie, sur une musique et sur des sons qui créent une ambiance relative à l’intensité de chaque moment. L’amour tendre, l’amour violent, le rejet, la haine, le désespoir, la peur, la confiance, la perte de confiance, la perte tout simplement, et même la mort et le deuil. C’est une interminable querelle entre un homme et une femme déchirés entre l’amour et l’indépendance. Entre l’amour et la fierté. Comme dans la vie réelle, quand l’un s’approche, l’autre s’éloigne. Ensuite c’est au tour de l’autre de s’écarter tandis que le premier se rapproche. Ils ont de la difficulté à s’attraper. Nous avons tous de la difficulté à s’attraper. C’est un va-et-vient constant qui représente bien l’orgueil de l’humain, et sa peur de la faiblesse (la faiblesse de l’autre et de soi-même). Rares sont les moments où les personnages réussissent à se démontrer mutuellement leur tendresse.

Tous les coins de la mémoire de Phaedra sont explorés, tous les abysses dans lesquels les souvenirs auraient pu disparaître à jamais. Et je me rends alors compte que tous mes vécus, mes réflexions passées, mes désirs fondamentaux, revivent à travers ses paroles et se révèlent à cette salle remplie d’inconnus. C’est Phaedra qui se dévoile et pourtant j’ai l’impression d’être moi-même découverte.

 

Cliquez pour consulter le calendrier de MAI et découvrir d’autres petits joyaux artistiques!

 

auteur | author :: diana

Malgré son diplôme universitaire et sa carrière en gestion d’événements, Diana Srougi est souvent confuse, toujours maladroite, parfois lunatique, assez nerveuse et déjà sénile. Elle boit trop de café et oublie régulièrement de respirer, mais elle gère. // Despite her undergraduate diploma and her career in events management, Diana Srougi is often confused, always awkward, somewhat of a lunatic, rather nervous and already senile. She drinks too much coffee and often forgets to breathe, but she manages.