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Les Hommes et moi : L’arabo-québéco du plateau


À toi,

Ne m’en veux pas, même si m’en vouloir durant les derniers mois est devenu ton sport favori. L’ambiguïté ça me fait faire des conneries. L’ambiguïté des coeurs, ça me fout toujours la frousse. Je perds la cadence. Je perds le contrôle. 

Ces derniers temps,  j’ai pensé  énormément à toi. Juste parce que la torture mentale c’est devenue mon passe-temps favori. Ou c’est peut-être le temps gris qui joue avec mon esprit. Tk. Vive Imessage pis la fonction  »read ».  Au moins je sais que tu me lis, malgré ton silence. Bref, j’avais besoin de mettre mon coeur sur papier, histoire de t’oublier, me désintoxiquer et passer à autre chose.

****

J’avais arrêté de croire au coup de foudre. Ça m’a jamais apporté grand-chose à part un cœur brisé. Je suis devenue méfiante avec le temps. Pis en plus, y’a pas si longtemps je disais que les blondinets aux sourires Crest et yeux bleus étaient proscrits de mon lit (tous, sauf Ryan Gosling, of course).

Et pourtant…

BAM. Dans ma face.

Coup de foudre. Un gros. AGAIN.  Sur mes gardes, je m’étais dit que c’tait un coup de foudre alcoolisé. Rien de plus, rien de moins. Ce genre de coup de foudre, que la Boréale dorée rend encore plus beautiful, plus intense, plus vrai, plus près du corps, plus près du cœur. Genre de coup de foudre, qui t’amène à vouloir être prise là tout de suite, dans la toilette de l’appart, dans le parc caché par les arbres, sur le banc… Ah pis merde! Toutes ces réponses. Avec lui à cet instant, n’importe où sur la rue Ontario ça aurait été parfait. Magiquement trash et beau.

Parce que beau, il était. Oui. Genre de beau inconnu à soi. Genre de beau que j’aurais voulu caresser du bout des doigts. Carresser ce qu’il y a de plus profond et caché au fond de lui. Flirter avec son esprit, embrasser son imaginaire, sucer ses souvenirs, les recracher, les remplacer, pis avaler le reste.  En nourrir mon corps, pour le comprendre, pour l’apprivoiser.

Ouin, ce genre-là.

Celui qui m’étourdit, comme quand je prends une couple de shooters pis qui fessent toutes une heure après en MÊME TEMPS. Qui me fait perdre toute coordination, me fait tomber, déchirer mes collants et scraper mes genoux.

J’ai été étourdie tout l’été. Bel été. Été au goût de sexe sauvage, mais doux. De sexe, je-te-connais-déjà-par-cœur-c’est-weird-mais-j’aime-ça. De je te mordille l’oreille, te croque le cou, te dis des belles affaires, parce que je sais que les mots ça te fait jouir, encore plus que quand je joue avec ton clito. De je te prend, je te fourre, je te baise jusqu’au plus profond de toi. Jusqu’à l’infini de ton toi-même. Fait que vous l’aurez compris. Le sexe était bon. Très bon. Il y avait ce je-ne-sais-quoi-dans-les-airs. Cette tension-passion. L’élastique qu’on étire, qu’on ramène, qu’on repousse, qu’on ré-étire, qu’on rapproche, que l’on met, tanné de jouer avec, autour de notre poignet. Dans ce type de relation-élastique, le sexe c’est le ciment. C’est ce qui lie les esprits, les mains, les âmes. Dans ce genre de duo, les corps sont comme des legos qui s’emboîtent parfaitement. Deux pièces de casse-tête 3D qui ne soutiennent rien, qui  font juste fitter ensemble. Together, dans le lit, dans la douche, dans nos fantasmes signés IMessage.

Et j’en avais jamais assez. J’en redemandais encore et encore. Ta présence dans mes draps IKEA. Ton odeur. Ta voix. Je me noyais de l’intérieur à la simple écoute de ta voix.

Accroe d’même la fille.

Lien sexuel oblige.

Y’avait pas juste ça.  Y’avait plus que ça. Ben, je pense. Ben, j’espère. Par orgueil, mais aussi parce qu’au fond, ben au fond, sous toutes mes couches d’insécurité, de fille pas tant forte, de mon armure d’hésitations, j’tais game en crisse avec toi.

Really game. Pis j’savais même pas pourquoi. It feels right, que je t’ai dit.

Ouin. Peut-être juste de mon bord, ceci dit.

On jouait souvent à qui invite qui. C’est le nouveau jeu trendy des single people. On passait des heures devant notre écran Iphone à attendre l’autre. À s’envoyer des vidéos. À dire de la marde. Parce que  dire de la marde, c’est drôle en maudit, ça passe le temps, pis ça nous lie. Ça nous a nui aussi.

Je te laissais gagner. C’tait pour ton ego que je disais. Pendant ce temps j’oubliais le mien. Je comprenais jamais où on s’en allait, ce qu’on faisait. Je ne suis pas une bonne actrice, à force de faire semblant, d’analyser notre scénario, de décortiquer nos conversations qui sonnaient à mes oreilles comme des métaphores, histoire de savoir si j’étais le personnage principale de ta vie ou pas, j’ai explosé.

Je suis bonne pour faire des crises existentielles. I told you so.

Fait que oui, on a joué longtemps à faire semblant. Semblant de ne rien ressentir. Semblant de ne pas voir. Semblant d’être moderne, sans attache, pour se protéger.

Finalement, on aimait ben ça les jeux. T’étais un meilleur player que moi, par contre. Peut-être que tu trichais aussi. Je sais pas. Je veux pas tant le savoir. Je préfère me dire que tu as été stratégique. Que tu avais bien placé tous tes pions. Que tu avais un plan, un but, une carte à suivre. Parce que dans le cas contraire, j’me trouverais lame en esti de t’avoir laissé gagner.

Bref.

Et je me suis accrochée. À l’hameçon, comme un poisson rouge cave qui tourne en rond dans son bocal.

Parce que tu lisais Le Coran sur ton Iphone. In English, rien de moins.

Parce que tu me parlais de tajine.

Parce que je trouvais beau, toi, qui s’intéressais à moi, aux miens.

Parce que je trouvais ça facile, j’avais rien à expliquer, j’avais pas à me justifier, j’avais pas à me défendre.

Et je me suis mise à me voir en toi. Le désert. Les tatouages verts de ma grand-mère, ceux que je reproduisais, enfant, sur ma peau avec mes crayons feutres Crayola. Juste pour être plusse arabe encore.

Pour une fois, j’avais vraiment l’impression que le chaud et le froid, devenaient tièdes.

Mais l’eau tiède, ça finit toujours par devenir frette à un moment donné.

Et peut-être que tu en savais trop des choses justement… Trop pour ne pas faire la différence. Pour ne pas voir la nuance. Les nuances. MA nuance.

Vous les musulmanes, vous êtes en manque d’attention.

Vous les musulmanes, c’est tout le temps compliqué, si le mec n’est pas converti.

Vous les musulmanes,

vous les musulmanes,

vous les musulmanes.

Une cassette sur repeat. Une parade de gifles sur ma face. Un coup à l’ego. Un vous accusateur, inquisiteur. Un vous qui en dit long et tellement rien en même temps. Un vous trop gros pour moi. Je flotte dedans, comme dans mes vestes vintage achetées beaucoup trop chères au Village des valeurs, à l’exception que dans leurs étreintes je suis confo, à l’aise. Dans ce vous, que tu t’entêtes à me tatouer partout sur le corps, dans ma tête, c’est tout le contraire.

Maladroite. Confuse. Perdue.

Ce vous; ma nouvelle bataille. J’en ai fait une affaire personnelle.  Alors que c’tait la tienne. Ton combat. Pas le mien. Ta blessure. Ta cicatrice.

Continue de jouer avec ta plaie, que je t’ai dit. De la poker avec ton doigt. De l’ouvrir, l’agrandir, la déchirer, jusqu’à ce qu’hémorragie s’en suive. Je ne serai pas là pour nettoyer les dégâts. Stériliser. Cicatriser. Panser. Ça ne se fait pas à deux.

Yeah right.

Est-ce qu’il existe des DIY sur Pinterest pour colmater son coeur ? Le laver, le mettre beau, tout propre, tout fier, prêt à l’impossible?

Je sais pas.

Ce que je sais c’est qu’avec toi, c’tait too late.

Mauvais timing. Mauvais coeur. Mauvais pas mal toute.

Mais un crisse de bel été.

C’est avec ces souvenirs-là que je vais rapiécer ce qui me reste de mon organe de vie.

auteur | author :: sony

Amour. Passion. Bouffe. Arts. Culture. Société. Toi. Moi. Les autres. L’Afrique. Le bled. Le Québec. Ma vie. Le cash. L’écriture. Le quotidien. Le futur. Le passé. // Love. Passion. Food. Arts. Culture. Society. You. Me. The others. Africa. Bled. Quebec. My life. Cash. Writing. Everyday life. The future. The past.

17/01/2014 Séquences


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