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42 visages, 42 quêtes, 42 histoires, 42 comme Mani Soleymanlou


 

Crédit: Valérie Remise | Source: ici.radio-canada.ca

Crédit: Valérie Remise | Source: ici.radio-canada.ca

Le Théâtre d’Aujourd’hui a ouvert sa saison 2014 le 30 septembre dernier avec la trilogie complète Un, Deux et Trois de Mani Soleymanlou. La première, jeudi dernier, a attiré une salle pleine de spectateurs s’apprêtant à passer les quatre prochaines heures à parler de ce questionnement universel qu’est l’Identité. L’identité de ceux qui se trouvent coincés entre plusieurs cultures auxquelles ils appartiennent plus ou moins. L’identité de ceux qui n’ont jamais vraiment appris à se questionner. L’identité d’un déraciné, dont la vie peut être racontée en métaphores botaniques.

– UN –

Dans cette première partie, Mani, un Québécois-iranien-français-un-peu-canadien, met le cours de sa vie en mots. Ces mots composent un monologue sincère, intime et débordant des contradictions les plus humaines, tout en étant conscient de projeter ses paroles vers nous, qui existons en chair et qui l’écoutons. À travers ce long soliloque à la fois bouleversant, comique, cynique, et débarrassé de toute frontière, Mani désire comprendre, comme tant d’autres qui collectionnent les identités malgré eux, comment définir sa propre identité si, aux yeux de tous, il est issu d’ailleurs. (Lire notre article sur Un publié en 2012 ICI).

 

– DEUX –

Mani a maintenant un ami sur la scène avec lui, Emmanuel Schwartz, un Québécois d’origine juive qui reprend avec Mani tout le processus créatif de Un, se déroulant tantôt dans le partage et tantôt dans la confrontation. Ensemble, avec toujours autant d’humour et de sincérité, et toujours sans craindre le jugement public et le politically incorrect, ils réfléchissent et débattent sur leur identité culturelle et sur leur place au sein de la société québécoise. Ils se posent des questions comme: à quoi fait référence le mot «souche» dans «Québécois de souche» si tout le monde est venu d’ailleurs à un moment ou à un autre, et puis, est-ce qu’on peut la déraciner cette souche? Et comment mettre en mots un malaise identitaire si on ne le comprend pas, si on n’a jamais vraiment appris à le vivre, si on ne sait même pas parler de nos origines? L’introspection de l’un nourrit celle de l’autre, et ensemble ils s’ouvrent l’esprit à toutes les différentes manières qu’une personne puisse vivre cette quête intime, et pourtant très universelle.

 

Crédit: Valérie Remise | Source: voir.ca

Crédit: Valérie Remise | Source: voir.ca

– TROIS –

C’est ici que l’universalité de cette quête identitaire prend tout son sens. Non, Mani et Manu ne sont pas seuls à y réfléchir. 42 nouveaux visages sont présents sur la scène lorsque cette dernière tranche de la trilogie commence. 42 nouveaux visages, 42 nouvelles quêtes, 42 histoires, 42 fenêtres sur le monde. La réflexion identitaire de Mani dans sa toute première pièce est maintenant rapportée à cette microsociété composée de citoyens québécois venant d’ailleurs et de partout. Ils ont tous été des cibles d’exotisme et de stéréotypes, certains le sont toujours, certains ne savent plus s’identifier à leur terre d’origine, d’autres ont perdu leur langue natale, et tous connaissent le malaise de vivre entre deux cultures sans pour autant s’identifier complètement à l’une ni à l’autre. Certains ont même des enfants qui se poseront peut-être les mêmes questions et qui vivront les mêmes injustices et préjugés face à une société parfois intolérante et ignorante.

Mani Soleymanlou ouvre aussi sur les débats de notre temps: la souveraineté, la charte des valeurs, le printemps érable. Et chacune de ces 42 personnes sur la scène, qui représentent les 120 communautés culturelles du Québec, veulent s’exprimer, veulent débattre, veulent se faire entendre. Et quand tout le monde veut parler en même temps, quand tout le monde veut faire valoir son opinion, parfois, il faut juste une chanson de Michael Jackson pour qu’on puisse se lever tous ensemble, peu importe notre culture, nos différences, notre religion et nos opinions politiques, et danser en harmonie.

 

 – QUATRE ? –

Cette quête fut belle et enrichissante, mais elle n’est pas terminée. Nous pourrons retrouver Mani Soleymanlou et sa compagnie de création théâtrale Orange Noyée, en mars prochain au Théâtre La Licorne pour la suite Quatre intitulée Ils étaient quatre, qui sera le début d’une nouvelle trilogie qui traitera cette fois des questionnements de la vie. Dans le cas de cette première partie, quatre hommes porteront réflexion sur l’identité masculine.

Mais pour le moment, vous avez jusqu’au 17 octobre pour voir cette première trilogie au Théâtre d’Aujourd’hui.

auteur | author :: diana

Malgré son diplôme universitaire et sa carrière en gestion d’événements, Diana Srougi est souvent confuse, toujours maladroite, parfois lunatique, assez nerveuse et déjà sénile. Elle boit trop de café et oublie régulièrement de respirer, mais elle gère. // Despite her undergraduate diploma and her career in events management, Diana Srougi is often confused, always awkward, somewhat of a lunatic, rather nervous and already senile. She drinks too much coffee and often forgets to breathe, but she manages.