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Ils étaient quatre : Quand quatre hommes dérapent


Crédit photo: Bernard Brault, La Presse

Crédit photo: Bernard Brault, La Presse

Une nouvelle trilogie, une nouvelle quête identitaire signée Mani Soleymanlou. La recherche de soi est sans fin, et ne s’arrête surtout pas dans les trentaines. Au théâtre La Licorne, quatre grands amis se retrouvent dans une fête et passent une soirée tout à fait… oubliable.

Tout au long de la pièce, les quatre trentenaires dansent, boivent, sniffent, se cherchent, et surtout LA contemplent, L’admirent, ELLE. Elle, qui représente le sexe pour Mani Soleymanlou, la beauté toxique pour Jean-Moïse Martin, le fantasme pour Guillaume Cyr, et le déni pour Éric Bruneau. Aussi différents que sont ces quatre amis, ils ont tous en commun qu’Elle deviendra l’élément central de leur nuit et de leurs ennuis.

Ils étaient quatre est une œuvre semi-autobiographique; on s’en aperçoit dès les premières minutes, lors des introductions quasi cinématographiques qui rappellent les documentaires où différentes personnes sont interviewées sur leur version d’un même événement. Les spots de lumière éclairant un seul interlocuteur à la fois nous rappellent le montage d’un film. La délimitation entre le comédien et le personnage est indiscernable: on ne sait pas si Guillaume croit réellement à la fidélité absolue, ni si Jean-Moïse est effectivement déçu de son manque d’ambition. Cette absence de limite nous donne l’impression de les connaître, d’infiltrer leur zone d’intimité, au point où ils deviennent presque prévisibles.

Crédit photo: Jérémie Battaglia, Le Huffington Post Québec

Crédit photo: Jérémie Battaglia, Le Huffington Post Québec

Les quatre ne conversent pas entre eux, seulement avec leur public, qui n’a donc que des paroles pour le guider. Pourtant, on voit cette fête comme si on y était, comme si on observait Mani et ses amis du coin opposé de l’appartement. On les voit boire, on les voit sombrer, on les voit délirer, on les voit se frotter contre Elle, qui est absente sur la scène mais tellement vivante dans notre imagination. On sent l’excitation de Mani, l’incertitude de Guillaume, le dégoût de Jean-Moïse et l’incompréhension d’Éric. L’écriture de Mathieu Gosselin et la performance des comédiens suffisent à recréer un décor complet sur la scène vide.

C’est drôle, plus on vieillit, plus on devrait gagner en assurance, et pourtant c’est le contraire qui arrive ici : la vie s’embrouille de plus en plus, elle dérape, et il devient toujours plus difficile de la tenir en place. C’est un peu ça, Ils étaient quatre. On verra quelles joyeuses réalisations nous apporteront les deux prochaines parties de la Trilogie Cockail : Cinq à sept et Huit.

En salle jusqu’au 3 avril.

auteur | author :: diana

Malgré son diplôme universitaire et sa carrière en gestion d’événements, Diana Srougi est souvent confuse, toujours maladroite, parfois lunatique, assez nerveuse et déjà sénile. Elle boit trop de café et oublie régulièrement de respirer, mais elle gère. // Despite her undergraduate diploma and her career in events management, Diana Srougi is often confused, always awkward, somewhat of a lunatic, rather nervous and already senile. She drinks too much coffee and often forgets to breathe, but she manages.